Entretien avec Pierre AMIOT


JPEG - 59 ko Comment, dans les années 1940, alors que la chanson pour enfants n’est par répandue, se lance-t-on dans cette création ?

Je vais te décevoir : je n’avais pas la vocation pour écrire des chansons pour les mômes. Je composais des chansons pour adultes que je chantais en cabaret à Paris ; rien pour les plus jeunes. Mais en entrant aux CEMEA, j’ai lu des chansons écrites auparavant pour les enfants. Tout à coup, ça m’a donné l’envie d’en composer. Ce que j’entendais, c’était principalement des chansons folkloriques, très jolies du reste, mais je trouvais qu’on pouvait sortir de la chanson folklorique et écrire des chansons "de l’époque". Il existait des chansons de William LEMIT, d’autres de Francine COCKENPOT. Mais le répertoire était encore peu étendu. Je me suis mis à écrire. Ma première chanson fut Tombe et tourbillonne, appelée aussi le Vent de chez nous en 1947.

Que faisais-tu aux CEMEA ?

J’y travaillais. J’étais instructeur. Quelques années plus tard, j’ai pris la direction de la délégation de Poitiers avant en 1980 de diriger le secteur musical des CEMEA.

Depuis cette date, combien de chansons as-tu écrites ?

400… dont une centaine pour enfants, la plus connue étant Marchons dans le vent. Ce fut le démarrage du Pierre AMIOT un peu connu. Quand je l’ai écrite, je l’ai montré à William LEMIT qui a été étonné : "C’est la première fois qu’on met des syncopes dans les chansons pour enfants !" Il disait : "La langue française n’est pas faite pour les syncopes." Mais c’était probablement mon goût pour le jazz New Orleans qui avait influencé mes rythmes.
Cette chanson, Marchons dans le vent, a été composée d’une manière un peu particulière. J’étais dans le Poitou en stage de moniteurs de colonies de vacances. J’avais été désigné, avec un collègue, pour dessiner dans la forêt un jeu de piste. Je n’étais pas très féru des jeux de piste, mais mon collègue oui. Et pendant qu’il parcourait les bois en posant des repères, en créant des traquenards, je le suivais en écrivant une chanson Marchons dans le vent, mais avec des paroles très "boys-scouts", sac aux dos, godillots aux pieds, très lourd quoi ! La piste finie, nous sommes rentrés au château. Là, j’ai chanté l’air à Jean RIONDET. Il m’a dit : "C’est formidable, Pierre ! Donne-moi ton texte." Il l’a regardé et a lancé : "Oh ! ton texte, qu’est-ce qu’il est con !" Il est parti avec le papier et est revenu une demi-heure plus tard avec un texte entièrement remanié, le texte définitif.

Sans télévision, ni couverture radio, comment les chansons pour enfants faisaient-elles pour voyager et être connues par les animateurs et les enseignants ?

Mais par les stages ! Tu te rends compte que je faisais, et tous les instructeurs en faisaient autant, dix à quinze formations de moniteurs par an. Dans chaque stage, il y avait une cinquantaine de stagiaires qui partaient tous avec une vingtaine de chansons. C’était multiplié par les mômes ! Sur le plan phonographique, il n’y avait rien, hormis les quelques petites choses que j’avais faites, mais c’était plutôt mal considéré. Aux CEMEA, les disques étaient mal considérés. William LEMIT pensait très sincèrement que les disques empêchaient les jeunes de chanter. Leur donner des enregistrements, c’était les inciter à ne plus chanter eux-mêmes. Quand j’ai fait mon premier disque Vent de chez nous, sorti à 15 000 exemplaires, les CEMEA n’en ont jamais parlé.

Finalement, tu as sorti peu de disques.

Je me suis fort mal débrouillé, malheureusement. Ce n’était pas ma première préoccupation. J’ai enregistré seulement deux disques pour enfants Vent de chez nous et quelques années plus tard chez Unidisc Chansons de Pierre AMIOT. C’est tout ! Quant aux recueils de partitions –il en existait six spécifiques, plus ceux contenant certaines de mes chansons compilées avec des œuvres d’autres compositeurs -, ils sont désormais introuvables. Ils étaient imprimés par les éditions du Scarabée. Mais la maison a fait faillite.

Aujourd’hui, continues-tu à composer ?

J’aimerais, mais ma vue ne me permet plus de noter des partitions. La dernière chansons que j’ai écrite date d’il y a deux ans. C’est un poème d’Anne TROTTEREAU et Philippe DUMAS, la Fiancée du Hérisson, que j’ai mis en musique.

Merci, Pierre.

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